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Affaire Layla Azzouzi : brisons le silence et levons le voile !
Affaire Layla Azzouzi : brisons le silence et levons le voile !
« L’affaire Layla Azzouzi », cette conseillère de l’action sociale verviétoise, élue du cdH, relance la polémique sur le port du voile dans l’espace public.
Débat difficile et délicat où il faut trouver un juste équilibre entre le respect des diversités et la volonté de construire une société sur un socle commun plutôt que de se fractionner dans des particularismes.
C’est au législateur d’agir car l’insécurité juridique actuelle n’est pas gérable. L’Etat a le devoir de légiférer, de fixer les règles pour toutes et tous, permettant à chacun de partager un espace commun en bonne intelligence. Pour assurer une cohabitation harmonieuse entre les différentes convictions, il faut préserver un espace où ce ne sont pas les religions qui imposent leur loi.
Face à l’immixtion du religieux dans l’espace public, l’émergence de revendications culturelles et religieuses qui favorisent le communautarisme, les menaces qui pèsent sur les droits des femmes et le vivre ensemble, il est grand temps que les démocrates des quatre coins du pays s’unissent pour fixer des balises. Agissons sous l’égide de la laïcité politique qui cadre juridiquement la séparation de l’Etat et du religieux, du droit et de la foi, des religions et de l’Etat.
Garantissons à chacun la liberté de croire ou de ne pas croire sans que nul ne soit discriminé ni privilégié, mais imposons la neutralité dans l’espace public en s’abstenant du port ostentatoire de signes convictionnels.
Notre message ne constitue pas une offensive contre les religions. Mais elles doivent rester à leur place, c’est-à -dire dans la sphère privée. Faisons le choix d’une société qui ne se fractionne pas en fonction des particularismes mais qui s’unit sur l’universel.
Fatoumata Sidibé
Députée bruxelloise
Haro sur les violences à l’encontre des femmes
Vous trouverez ci-dessous ma contribution à l’occasion du 25 novembre « Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes ».
LA FEUILLE DE FATOUMATA
25 novembre « Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes ».
Haro sur les violences à l’encontre des femmes
Des chiffres qui tuent.
Des chiffres qui s’égrènent et tombent dans la banalité.
Des chiffres qui font les colonnes des faits divers.
Des chiffres qui écrasent, comme des obus, l’autre moitié de l’humanité.
Des chiffres qui nous montrent régulièrement la barbarie sans nom perpétrée près de chez nous.
Un fléau qui n’épargne aucune partie du monde, aucune classe sociale, aucune culture, aucune religion.
Un éventail d’atrocités difficile à dresser tant l’inventivité en la matière est sans bornes.
Un mal qui menace les femmes dans leur vie même parce qu’elles sont femmes.
La violence envers les femmes, (puisqu’il faut l’appeler par son nom), première cause de mortalité dans le monde pour les femmes de 15 à 44 ans, déclare la guerre à une femme sur cinq.
Elles n’en meurent pas toutes mais toutes sont frappées par l’oppression du système patriarcal qui institue un rapport inégalitaire entre les femmes et les hommes. La proie est pourchassée et parfois mise à mort. Au nom de quoi ? Du sexisme, de la misogynie, des traditions, de l’honneur, des dérives religieuses.
Plus d’espoir, partant plus de joie.
L’histoire nous apprend qu’en de telles injustices, de nombreuses femmes payent de leur vie, pour défendre leurs droits. Ainsi, le 25 novembre 1960, en République dominicaine, les trois soeurs Mirabal, passèrent de vie à trépas, sauvagement assassinées sur les ordres du dictateur Rafael Trujillo. Depuis, les défenseurs des droits des femmes voient sans indulgence l’étendue de la pandémie et célèbrent une journée contre la violence sexiste. Le 17 décembre 1999, l’Assemblée générale de l’ONU a proclamé le 25 novembre « Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes ».
Une journée symbolique pour inviter gouvernements, organisations internationales et non gouvernementales à organiser des activités pour sensibiliser l’opinion au problème.
Une journée pour secouer haut et fort les consciences.
Une journée pour manifester et dénoncer le tsunami de violences qui s’abat sur les femmes, sans trêve ni répit.
Une journée pour se lever, pour clamer collectivement notre révolte et dire « ça suffit ! »
STOP ! Stop au nom de toutes les femmes discriminées, asservies, spoliées, humiliées, battues, opprimées, mariées de force, contraintes à la polygamie, mutilées, brûlées, enfermées, prostituées, exploitées, harcelées, insultées, séquestrées, vendues, violées, lapidées, vitriolées, assassinées, au quotidien, en temps de guerre comme en temps de paix, dans le secret du domicile, au travail comme dans les rues.
Pour dire, dans un concert de voix unanimes, que des millions de femmes vivent quotidiennement sous le régime de la terreur.
Pour dire que nous sommes toutes des victimes potentielles.
Pour dire que les femmes continuent de résister individuellement et collectivement, qu’elles ne veulent plus être mises à genoux. Qu’elles se lèvent, luttent, résistent, se libèrent, réclament leurs droits à l’intégrité physique et psychique, à la liberté, à la dignité, à la sécurité, à l’égalité, au respect de leur vie, de la vie.
Pour dénoncer la multiplication des atteintes aux droits des femmes par les fondamentalistes et extrémistes de toutes étiologies.
Pour dire assez de ce silence qui nous cantonne tous les jours dans la violence la plus extrême !
Pour dire que la violence sexiste tue mais le silence qui l’entoure tue aussi.
Pour dire assez d’abandons, de reculades, de belles promesses, de mesures ponctuelles.
Pour dire que les violences envers les femmes sont des guerres silencieuses qui détruisent des sociétés sur des générations entières.
Pour dire que la violence à l’égard des femmes n’est pas un problème des femmes mais des hommes, que c’est le rôle des hommes dans la violence qui doit être remis en question.
Pour dire que c’est vers les auteurs des violences que la stigmatisation doit être transférée et non sur les femmes victimes, que « la honte doit changer de camp ».
Qu’il est bon que les bourreaux s’accusent et que la société les accuse.
Que les coupables qui se livrent à de tels actes sont indignes et que quel que soit le mauvais diable les poussant, ils n’en ont aucun droit, puisqu’il faut parler net. Violenter une femme, quel crime abominable !
Qu’il faut que le coupable soit poursuivi, expie son forfait, soit pris en charge et soigné.
Qu’il faut que la justice soit accessible à toutes, soit plus cohérente et plus juste.
Pour dire que selon que l’on soit homme ou femme, les jugements ne vous rendront pas blanc ou noir.
Une journée pour rappeler que dénoncer ne suffit pas. Qu’il faut aussi travailler à changer les mentalités. Le combat pour l’égalité entre les filles et les garçons, contre les violences de genre doit commencer à l’école. Déconstruire des idées reçues, remettre en cause les stéréotypes sexistes et les discriminations, identifier les oppressions et les enfermements pour mieux les combattre, libérer la parole, éduquer, informer, généraliser les animations à la vie éducative, relationnelle, affective et sexuelle dans tous les établissements scolaires, aller partout où la société renforce les stéréotypes de genre, garantir l’accueil et la prise en charge efficace de toutes les victimes, la poursuite et la prise en charge efficace des auteurs, la formation et la sensibilisation des acteurs de première ligne : voilà le combat indispensable à mener !
Pour dire que la violence conjugale a un coût pour la collectivité, que des études démontrent qu’investir dans la prévention plutôt que dans le curatif et la répression permet de réduire les dépenses, qu’il faut allouer aux associations des moyens financiers et humains suffisants et pérennes permettant de développer un travail multidimensionnel et sur le long terme.
Une journée pour rappeler qu’il y a encore tant de défis à relever en matière d’accueil d’urgence, d’hébergement, de suivi post hébergement, d’accès au logement, d’insertion socioprofessionnelle, d’individualisation des droits, etc.
Une journée pour rappeler que nous devons mobiliser toutes les énergies pour que toutes les victimes, quel que soit leur statut légal, puissent être entendues, accueillies, prises en charge par des services compétents, protégées, aidées afin qu’elles puissent se reconstruire, reformuler un projet de vie et le mener à bien.
Une journée pour crier qu’il est temps de faire de la lutte contre les violences faites aux femmes, une priorité nationale. C’est une question de santé publique.
En Belgique, des progrès considérables ont été réalisés ces dernières années en matière d’écoute, d’accueil, d’aide, d’accompagnement psychologique et juridique mais cela n’est rien à côté du chemin qui reste à parcourir pour que nos soeurs, nos filles, nos mères, nos amies et nous-mêmes puissions vivre en sécurité, être respectées, reprendre confiance en nous et devenir pleinement actrices de nos vies. Parce que nous le valons bien !
Fatoumata Sidibé
Députée bruxelloise, Présidente de la commission Affaires sociales du Parlement francophone bruxellois, cofondatrice et ex-présidente du Comité belge Ni Putes Ni Soumises, auteure et artiste peintre.
www.fatoumatasidibe.be
« Je déclare que le voile est le symbole d’un projet politique totalitaire »
CARTE BLANCHE
LE SOIRÂ mardi 23 mars 2010
lesoir.be
« Je déclare que le voile est le symbole d’un projet politique totalitaire »
Moi, citoyenne belge de culture musulmane, originaire du Mali, un pays musulman à 90 % où la religion influence fortement les lois, règlements et différents aspects de la vie quotidienne, où certaines coutumes et traditions rétrogrades perpétuent les discriminations à l’égard des femmes, où plus de 80 % des filles sont victimes des mutilations génitales, où la polygamie est légale, où les mariages forcés sont imposés aux jeunes filles, où en matière d’héritage, les femmes sont frappées du sceau de l’inégalité, où, dès le plus jeune âge, on apprend aux petites filles que leur destin est de souffrir, de se résigner, de se soumettre, de se marier, de faire des enfants et de faire honneur à la famille,
Moi, qui suis issue d’un pays où l’intégrisme islamique gagne du terrain avec comme corollaire la prolifération du port du voile, où les avancées législatives en matière de droits des femmes se heurtent aux pressions des autorités musulmanes, au nom de la paix sociale, de l’unité nationale, de la préservation des valeurs sociales et religieuses maliennes qui confinent les femmes dans des statuts de citoyennes de seconde zone,
Moi qui, comme tant de consœurs, ai eu la chance de m’épanouir et me réaliser en Belgique dans un espace de liberté que les femmes ont conquis par de longues et âpres luttes,
Je déclare que l’immixtion du religieux dans l’espace public et le détricotage de la neutralité de l’Etat n’augurent rien de bon pour la démocratie et les droits des femmes.
Je déclare que l’émancipation n’est pas un luxe réservé aux femmes occidentales, que l’égalité hommes/femmes n’est pas négociable, ajustable, en fonction des demandes, revendications de revendications culturelles, religieuses ou supposées comme telles émanant d’individus, de communautés, de groupes.
Je déclare que de nombreuses femmes musulmanes dans le monde relient combat contre les intégrismes religieux et promotion de la laïcité. Elles savent que certains laxismes sonnent comme des glas pour elles qui luttent et risquent leur vie en Egypte, en Somalie, en Inde, en Iran, au Soudan, au Pakistan au Maroc, en Algérie, et ailleurs contre la polygamie, la lapidation, l’enfermement de leurs corps dans des linceuls ambulants, l’imposition du port du voile, la répudiation, l’excision, les crimes d’honneur.
Que dire à celles qui ont pris le chemin de l’exil et qui voient se reproduire sous leurs yeux un système de justice à la carte où, selon que vous soyez de telle ou telle confession, religion ou philosophie, les jugements de la cour vous rendent blancs ou noirs ?
Peut-on, au nom de la tolérance, du relativisme culturel, du multiculturalisme, de la liberté de religion, demander à certaines femmes vivant dans nos pays d’avoir moins de droits ?
Je déclare que le voile est le symbole de l’instrumentalisation des femmes au nom de la religion, d’un projet politique totalitaire qui sème la terreur dans certains pays, de la tentative d’asservissement, de mise sous tutelle de la femme, de la séparation des espaces féminins et masculins, une supercherie des fondamentalistes musulmans pour réaffirmer leur domination sur le corps des femmes et leurs libertés. Dans certains quartiers, les filles n’ont d’autre choix que de se voiler ou de faire attention à leur tenue vestimentaire pour ne pas subir les injures et le mépris de certains mâles auxquels on a appris que la vertu d’une femme est proportionnelle à la quantité de tissu qui la recouvre.
Je déclare qu’on atteint le summum de l’endoctrinement quand l’esclave intègre ses chaînes comme normales, lorsqu’elle ne peut plus penser autrement que par le prisme d’une société qui la convainc depuis la plus tendre enfance à travers les traditions, les cours de religion, les prêches que sa nature de femme la prédispose à occuper une position d’infériorité, de soumission. C’est cette même violence symbolique qui pousse les mères à infliger à leurs filles les violences comme le mariage forcé, les mutilations sexuelles génitales dont elles ont été elles-mêmes victimes.
Je déclare que toutes les femmes voilées ne sont pas soumises et que toutes les femmes qui ont les cheveux au vent ne sont pas libres et émancipées, mais que les filles et femmes, qui portent le voile par attachement culturel, conviction religieuse, ou parce qu’on leur interdit de le porter, n’enlèvent rien à la signification politique de ce voile sacralisé par les islamistes et imposé via un prosélytisme de procurateurs autoproclamés de Dieu. Celles qui avancent l’argument de « c’est mon choix » devraient avoir la décence et la « sororité » de reconnaître l’oppression de celles qui n’ont pas le choix.
Je déclare qu’en Europe, les offensives des islamistes contre les droits des femmes renforcent celles des partis conservateurs, de l’Eglise catholique, des lobbies religieux très puissamment implantés dans les nouveaux Etats membres et qui s’emploient à faire reculer les droits des femmes au sein de l’Union européenne. Leur mot d’ordre : revenir à l’ordre archaïque de hiérarchie patriarcale qui renvoie les femmes aux devoirs que leur dicte leur nature, à leurs sacro-saintes obligations terrestres dictées par les hommes assistés par Dieu le père, le fils et les Saints Esprits sexistes. Pas d’amen ! C’est là que la société doit intervenir au nom des droits humains !
Je déclare que les conquêtes féministes en Occident n’ont pas été arrêtées dans leur marche pour l’émancipation par la peur de stigmatiser les Eglises opposées aux droits et aux libertés des femmes. Pourquoi l’islam serait-il soustrait à cette remise en question ? Ce qui est bon pour une religion ne le serait donc pas pour une autre ?
Je déclare que la majorité des citoyens de culture musulmane vivent leur foi, quand ils en ont, en toute tranquillité, qu’ils n’en peuvent plus d’être essentialisés, considérés comme un groupe homogène dont chacun des membres partage la même façon de penser, de vivre, assignés à résidence dans « une communauté » par une minorité vagissante qui leur impose un terrorisme psychologique, parle en leur nom et qui bénéficie d’un surcroît de respectabilité de la part de certaines tribunes médiatiques et politiques.
Je déclare que le silence des intellectuels musulmans modérés est aussi assourdissant que la clameur des relativistes, des obscurantismes et d’une certaine classe politique qui se soucie plus de calculs électoralistes et d’enjeux de pouvoirs que de proposer un véritable projet démocratique de vivre ensemble.
Je déclare que la peur d’être qualifié de raciste a muselé bien des consciences, que nous sommes prêts à accepter l’intolérable par peur d’être taxés d’intolérance. Que d’abandons en reculades, nos valeurs démocratiques régressent.
Je déclare qu’il y a urgence à légiférer. A l’Etat de jouer son rôle de garant et de gardien des libertés fondamentales, où la liberté de croyance ou de non-croyance est garantie dans le respect des valeurs fondamentales grâce à un cadre juridique qui pose des balises. Je lance un appel aux progressistes de tous les partis, pour qu’ils unissent leurs voix pour ne pas reporter, dans les enceintes des parlements, les dix propositions déposées par le Mouvement Réformateur concernant le port de signes convictionnels – outre l’interdiction du port ostentatoire de signes d’appartenance dans les écoles relevant de la compétence du réseau officiel, les propositions déposées par le MR visent notamment à interdire aux parlementaires exerçant une fonction de représentation, personnes en charge de fonctions exécutives et prestataires de service public, préposés au guichet ou non, le port ostentatoire de signes convictionnels.
Faire de la politique, c’est faire des choix. Il est minuit moins cinq ! Il ne s’agit pas d’une offensive contre les religions. Il s’agit de remettre les religions à leur juste place c’est-à -dire dans la sphère privée, de faire le choix d’une société qui ne se fractionne pas en fonction des particularismes, mais qui s’unit sur des valeurs à vocation universelle.
Fatoumata Sidibé, députée bruxelloise FDF, ex-« Ni putes ni soumises »
Avant d’être élue, l’année dernière, sur la liste FDF, députée bruxelloise, Fatoumata Sidibé était présidente du comité belge de Ni putes ni soumises (NPNS), actif depuis 2006, dont la mission première consiste à « promouvoir l’égalité des droits entre les hommes et les femmes ». Belge d’origine malienne, 46 ans, licenciée en communication et romancière, elle combat depuis longtemps « l’obscurantisme, la loi du silence, la violence faite aux femmes, la misogynie… ». Sa mère l’avait surnommée « poudre de piment ». Avant Ni putes ni soumises, Fathy, comme elle est surnommée, avait travaillé dans une boîte de communication, au Centre du Librex – « elle a l’intelligence et l’autonomie qu’il faut, c’est une femme plurielle qui sait se battre pour ses idées », selon le directeur, Denis Stokkink –, pour Médecins du monde, pour les magazines Demain le monde et Défi Sud… La contraception dans les milieux musulmans conservateurs, les viols qui cachent leur nom, le sexisme à l’école ont toujours été des combats à mener pour Fathy Sidibé. En lançant NPNS, elle déclarait : « Le féminisme est mort, vive le féminisme ! » De l’excision au port du foulard forcé, de l’entrisme islamique sur les campus aux violences conjugales, « tout est à faire », insistait-elle, rappelant que « la tolérance tue autant que le fanatisme. On ne peut pas tout tolérer au nom de Dieu ou de la Tradition ».
Courage, résistons. Au nom de la démocratie. Au nom de toutes les femmes.
Ces derniers mois, la question de l’immixtion du religieux dans l’espace public est revenue avec plus d’acuité : première élue voilée au Parlement bruxellois, recommandation du service du personnel du ministère de la Justice visant à autoriser le port de signes religieux à ses fonctionnaires, projets d’accommodements raisonnables, contestations en justice, multiplications des procès, manifestations en chaîne contre l’interdiction des signes religieux ostentatoires dans les écoles. Le voile est sur toutes les lèvres. La Belgique nage en plein délire à peine voilé.
Depuis de nombreuses années, les tenants de l’interdiction d’interdire – certaines féministes laïques qui veulent confiner les femmes musulmanes dans un statut parce que ce serait leur choix, une certaine gauche prête à tolérer l’intolérable au prétexte de ne pas stigmatiser des populations défavorisées, des formations politiques qui se disputent le titre de champion du communautarisme dans la course au succès électoral, une minorité d’agitateurs et d’activistes autoproclamés leaders de leur communauté – refusent d’entendre les appels au secours des jeunes filles, des éducateurs, enseignants.
A l’école, la résistance démocratique gagne du terrain
Elles étaient une soixantaine de jeunes filles (sur cent cinquante) à avoir repris le chemin de l’Athénée royal d’Anvers, les cheveux aux vents, délivrées du joug de la pression morale. En septembre de cette année, souvenons-nous, élèves et associations manifestaient devant l’école pour dénoncer la mesure prise par la directrice – qui pourtant avait tenu bon, au nom de la tolérance et de l’ouverture – de ne plus autoriser le port du voile au sein de son établissement. Mais la tolérance à des limites que la démocratie ne peut ignorer. Aussi face au prosélytisme, pressions de plus en plus nombreuses exercées sur celles qui ne portent pas le voile, face à la remise en question de la mixité dans les activités parascolaires, la négociation du contenu de certains cours, le couperet du bons sens est tombé. Quelques mois après, le calme semble revenu et des jeunes filles osent dire combien elles sont soulagées d’échapper aux pressions de leur famille, clan, père, frère, imam, etc. Sur le terrain, 95 % des écoles tous réseaux confondus interdisent le port du voile. Si ces interdictions ont donné lieu à des protestations, manifestations et débats plus ou moins houleux, force est de constater que, dans la grande majorité des cas, cette interdiction a été bien acceptée par les parents et leurs filles. En outre, malgré les menaces et les craintes, on n’a pas assisté à une prolifération d’écoles islamiques. Au grand dam d’une minorité d’agitateurs qui crient au racisme, à l’intolérance, à la discrimination, à l’impérialisme culturel. L’autonomie décisionnelle laissée à chaque établissement scolaire a montré ses limites sur le terrain. Le conseil de l’Enseignement de la communauté flamande et la Province du Hainaut ont déjà décrété que leurs écoles seront désormais sans voile. En communauté française, on décide toujours de ne pas décider. Pour l’heure. Car on ne s’en sortira plus avec des « ni, ni ». L’interdiction des signes d’appartenance religieuse ou philosophique dans les écoles est une urgence.
LES DROITS DE L’HOMME SONT AUSSI LES DROITS DES FEMMES ET DES CITOYENNES
Faut-il occulter que nombre de défenseurs des droits de l’Homme en 1798 refusèrent d’accorder aux femmes les droits qu’ils conféraient aux hommes ? Le mot Homme n’avait donc pas de portée universelle puisqu’il n’incluait qu’un seul genre : le masculin. La femme n’étant pas douée de raison, comment pouvait-on lui accorder des droits ? Aujourd’hui encore, certains pensent que les Droits des Hommes ne sont pas ceux des femmes. Les femmes ont prouvé tout au long de l’histoire quelles étaient des citoyennes à part entière mais l’histoire sélective a tenté de les museler comme le présent tente parfois de museler celles qui refusent d’être déterminées par un sexe biologique nullement choisi, qui osent dire non aux lois des hommes faites par les hommes et pour les hommes. Les Droits de l’Homme ont évolué depuis 1789 et la lutte pour l’égalité entre hommes et femmes fait partie intégrante de cette évolution
La défense des droits de l’Homme est aujourd’hui un combat de femmes. En Belgique et dans le monde, il y a urgence de briser le silence sur les discriminations et les violences faites aux femmes. Aujourd’hui, on assiste au retour du religieux avec comme corollaire l’oppression des femmes. Mais gardons-nous de ne pointer qu’un seul extrémisme car derrière l’extrémisme musulman, se faufilent les églises de réveil, les sectes, les ultras catholiques, l’extrême droite. En Europe, les lobbies religieux sont en train de remettre en question des avancées importantes comme la dépénalisation de l’avortement, le droit à la contraception.
Il y a de quoi être inquiet du sexisme ordinaire et du relativisme culturel qui fait régresser la condition des femmes. Au niveau mondial, il est dit que les violences et les discriminations contre les femmes ont fait plus de mort en cent ans que toutes les guerres du 20ème siècle réunies. Le viol comme crime de guerre est trop répandu et impuni.
La pratique du foeticide ou de l’infanticide des petites filles en Inde, en Chine prive les filles du droit de naître. En Amérique centrale, c’est le féminicide, qui menace les femmes. On tue les femmes parce qu’elles sont femmes ou qu’elles ne le sont pas de la manière qui sied. Les crimes d’honneur, y compris dans nos démocraties, menacent les femmes de tout âge. Selon l’OMS, 130 millions de femmes et d’enfants ont été victimes de mutilations sexuelles génitales à travers le monde et ce fléau concernerait chaque année 2 millions de fillettes. De la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 à celle, universelle des Droits de l’Homme de 1948 que de chemins parcourus et à parcourir encore pour que les Droits des Femmes ne soient pas les oubliés des Droits de l’Homme, pour que la laïcité, la mixité et l’égalité soient appliquées à toutes et à tous sans distinction.
Fatoumata SIDIBE
Présidente du Comité belge Ni Putes Ni Soumises
Contribution à la publication Les droits de l’Homme, de l’Académie royale des Beaux-Arts de Liège, aux côtés de nombreux responsables politiques et associatifs – juin 2008.
Cohésion sociale !?
Cohésion sociale
Intervention de Fatoumata Sidibé,
En tant que Présidente du comité belge Ni Putes Ni Soumises
28 mars 2007 Ã Saint-Gilles.
Cohésion sociale… je suis allée vérifier la signification de « cohésion » dans le dictionnaire. Ce mot désigne « la force par laquelle les molécules des corps adhèrent entre elles » et par extension « le caractère du lien logique qui unit entre elles les parties d’un ensemble ».
Alors … comment renforcer cette cohésion ? Quel est ce lien qui peut unir ? Comment éviter le fractionnement ?