Les discriminations liées aux salaires au sein de la population immigrée

Parlement bruxellois

Interpellation de Mme Fatoumata SIDIBE, Députée bruxelloise FDF, à Monsieur Benoit CEREXHE, Ministre chargé de l'Economie, de l'Emploi, de la Recherche scientifique et du Commerce extérieur - 18 avril 2012.

Le compte rendu est disponible ici.
Concerne :     Les discriminations liées aux salaires et aux risques d’exclusion sociale au sein de la population immigrée

Récemment, Eurostat a réalisé un rapport sur les migrants en Europe. Il a ainsi dressé un  « portrait  statistique » des immigrés de première et deuxième génération en Europe.  Pour ce faire,   les chercheurs ont analysé et comparé la situation socio-économique des immigrés dans l’ensemble des 27 pays européens en utilisant une série de critères (ex : le niveau de revenu, le risque de pauvreté, le niveau d’éducation, l’accès à l’emploi, etc.).

Cet exercice avait pour principale ambition de comparer  la situation des immigrés à celle de la population du pays.  Les montants des revenus ont été convertis en monnaie fictive (unités de pourvoir d’achat standardisé) pour  faciliter les comparaisons entre les pays.
Ce même exercice a été réalisé sur la base des revenus annuels moyens d’une famille immigrée avec enfants et ceux d’un ménage identique non immigré.
Les résultats sont accablants. Avec étonnement,  nous constatons que la Belgique se situe en tête du peloton en matière de discriminations et d’inégalités liées aux salaires et aux risques d’exclusion sociale. A cet égard, les écarts de salaire entre immigrés et non immigrés y sont les plus élevés de l’union européenne. Notre pays se retrouve  précisément devant le Luxembourg, la Finlande et l’Autriche.
Par ailleurs, ce rapport fait état d’autres constats particulièrement interpellants :
-    L’écart du pouvoir d’achats standardisé (PPS) entre un immigré et un Belge de souche est de 25% ;
-    Le risque pour un immigré de passer sous le seuil de pauvreté est 22% plus élevé que pour les Belges ;
-    Le risque plus élevé pour les femmes migrantes d’être exposées à la pauvreté ;
-    Le faible niveau de qualification des immigrés de deuxième génération qui dépasse les  30%.

Compte-tenu de ces éléments d’informations, je ne peux que déplorer en outre que le faible niveau de qualification, l’inadéquation entre la formation et l’emploi, la stratification ethnique des emplois constituent autant de facteurs à prendre  en considération pour lutter de manière efficace contre les discriminations à l’embauche.

Par conséquent, j’aimerais interpeller le Ministre sur les points suivants :
-    L’évaluation de ce rapport au regard  des statistiques bruxelloises sur les discriminations à l’embauche et les pistes à dégager dans le cadre de votre politique de lutte contre les discriminations à l’embauche ;
-    L’évaluation des organismes chargés de  lutter contre les discriminations à l’embauche. En particulier, le rôle joué par le service « Discriminations à l’embauche », créé au sein d’Actiris ;
-    Le bilan des actions de sensibilisation auprès des employeurs  (ex : cv anonymes, le renforcement du contrôle,..), auprès des consultants en intérim, des opérateurs d’insertion socio-professionnelle bruxellois, des  demandeurs d’emplois et des représentants du secteur de la formation et de l’enseignement ;
-    Le nombre de  plaintes déposées pour discriminations à l’embauche et transmises par le Centre pour l’Egalité des Chances et de la Lutte contre le Racisme (CECLR) pour  l’année 2011. Les chiffres ont-ils augmenté par rapport à 2010 ?  Quels sont les principaux critères discriminants ?
-    Serait-il possible, à l’instar du rapport sur l’état de la pauvreté en Région bruxelloise, qu’il soit transmis au parlement, la situation des demandeurs d’emplois selon le pays d’origine ?
-    L’usage du guide pratique intitulé « Tous égaux face à l’embauche. Combattre la discrimination ethnique sur le lieu du travail »  qui date de 2002 : avez-vous prévu de relancer cette initiative ?
-    L’évaluation de la loi anti-discrimination du 10 mai 2007 : une échéance est-elle prévue ? Quels sont les outils mis en place pour réaliser cette évaluation ?

D’avance, je vous remercie pour vos réponses.